Blog, un peu sauvage
- le métier d'accompagnatrice de moyenne montagne,
- sur mes états d'âmes et intérêts du moment,
- sur des prises de consciences quant aux êtres vivants autres qu'humain qui nous entoure,
- sur les expériences sensorielles partagées dans mes activités.
Un article pour te relier au vivant par un rituel simple en nature.
Se relier au vivant : un rituel sensoriel en nature pour apaiser le corps et réactiver les sens
Il y a des jours où la montagne nous accueille comme une vieille amie : un souffle de vent, une odeur de résine, le craquement d’une branche sous le pied… Et tout à coup, quelque chose se relâche. On revient à soi, mais aussi à plus grand que soi. Depuis des années que j’accompagne des groupes dans ces paysages de vallons et d’épicéas, j’observe toujours la même chose : la nature, lorsqu’on l’écoute avec les 5 sens, répare en profondeur.
Le rituel que je propose aujourd’hui est né de centaines de pas partagés et d’autant de silences. Il est simple, accessible, et pourtant transformateur. Vous pouvez le vivre seul, en duo, en groupe…
1. S’arrêter pour laisser le corps descendre
La plupart d’entre nous arrivent en nature “encore en ville”, même quand nous habitons en montagne. Avant de solliciter les sens, je demande toujours au groupe de faire un arrêt volontaire. Rien d’extraordinaire : juste sentir le poids du sac, l’air sur les joues, le sol sous les semelles. Chacun choisit un endroit qui l'appel dans les environs où nous nous trouvons.
C’est là que commence la première étape : l’atterrissage.
En quelques minutes, la respiration devient plus lente, l’esprit moins bavard. Le système nerveux quitte l’alerte pour revenir à un tonus plus doux. Les visages se détendent peu à peu.
2. Ouvrir le regard : redonner de l’espace au champ visuel
Le premier sens qui se détend, c’est la vue. Je demande : “Regardez loin. Puis regardez tout près. Puis regardez sans rien chercher.”
La vision panoramique: celle qu’on adopte spontanément devant un horizon. C'est un déclencheur puissant de relâchement. Elle apaise l’hyper-vigilance et rappelle au corps qu’il n’y a rien à contrôler.
Puis, je propose un jeu :
- Chercher une couleur dominante autour de soi.
- Puis une couleur cachée.
- Puis la plus petite nuance qu’on n’avait jamais vue.
Ce simple exercice nous oblige à ralentir et à renouer avec l’attention subtile que nous avions enfants.
3. Écouter : laisser le monde entrer
En montagne, le silence n’existe pas vraiment. Il y a un monde vibrant : vent, oiseaux, ruissellement, frottement des aiguilles de pins…
Je guide souvent l’écoute en trois niveaux :
- Les sons les plus proches.
- Les sons lointains.
- Les sons intérieurs (cœur, respiration, pensées qui se posent).
À partir de là, quelque chose se passe : l’écoute devient porosité. Le corps n’est plus enfermé ; il dialogue avec son environnement. On sort du mental pour revenir dans la présence.
4. Sentir : laisser la nature respirer à travers nous
Le nez est un sens souvent oublié dans nos journées pressées. Pourtant, la nature regorge de parfums thérapeutiques : résine de conifères, humus humide, herbes écrasées sous la main.
Je propose un petit rituel : frotter délicatement une feuille ou une écorce entre les doigts, aller sentir l'humus du sol, puis respirer.
5. Toucher : retrouver la vérité du contact
Le toucher nous ramène immédiatement au réel. Je demande au groupe de se mettre par deux et de réaliser le jeu du guide. L'un guide, l'autre se laisse guider les yeux fermés. La personne guide va faire toucher la personne aveugle différente texture: posez la main sur un rocher, un tronc, ou même sur la terre.
La fraîcheur de la pierre, la rugosité de l’écorce, la douceur de la mousse… Ce contact réactive quelque chose de très ancien : un sentiment d’appartenance.
Les participants me disent souvent : “J’ai l’impression que je me reconnecte à une mémoire profonde.”
Et c’est exactement ça : le toucher nous rappelle que nous ne sommes pas séparés du vivant.
6. Un dernier geste : le rituel de gratitude
Pour conclure l’expérience, j’invite toujours à un geste simple :
- ramasser un petit élément tombé qui nous appelle (une feuille au sol, une pomme de pin),
- le tenir quelques instants,
- puis le reposer avec intention.
C’est un symbole très doux : nous prenons, nous recevons, nous redonnons.
La gratitude referme le rituel comme un souffle léger, sans rien figer. Elle laisse une trace dans le corps : celle d’avoir été pleinement vivant, pleinement relié.
Conclusion : un chemin vers soi, un chemin vers le monde
Si je propose ces pratiques, c’est parce que je vois leurs effets : des épaules qui s’ouvrent, des respirations retrouvées, des personnes qui repartent apaisées sans vraiment savoir pourquoi.
La montagne n’a pas besoin de nous. Mais nous, nous avons besoin d’elle.
Et lorsque nous réactivons nos cinq sens, nous faisons plus que nous détendre : nous réapprenons à vivre en relation, avec le paysage, avec les autres, avec nous-mêmes.
